Indonésie : en Papouasie

La Papouasie.

 

La grande île de Nouvelle-Guinée est située au nord de l'Australie. Elle est divisée en deux états. La moitié orientale à l'est est l'état indépendant de Papouasie-Nouvelle-Guinée. La partie occidentale à l'ouest est une province annexée de force par l'Indonésie en 1963, appelée Nouvelle-Guinée-Occidentale ou Papouasie Occidentale. Les pauvres papous de Nouvelle-Guinée ont été séparés...Il y a une forte répression des papous de Papouasie Occidentale de la part de la police indonésienne. Des mouvements indépendantistes font acte de violence pour obtenir leur indépendance. Bref, comme ce n'est pas simple et pour que tout le monde comprenne, je simplifie en disant que je suis en Papouasie.

La plus grande ville de la Papouasie occidentale est Jayapura. La Papouasie est difficile d'accès, de Sumatra je dois prendre trois avions, plus deux bateaux pour Raja Ampat. Il n'y a pas mieux que des cartes pour la compréhension.

Je vais aller dans deux endroits complètement différents : tout à l'ouest à Raja Ampat qui est un archipel considéré comme le plus bel endroit du monde pour la plongée. Ensuite je vais faire un trek de 5 jours du côté de Wamena dans la Vallée du Baliem.  

Raja Ampat

C'est un archipel indonésien de 1500 îles environ situé dans le "Triangle de Corail". C'est une destination top mondiale pour la plongée sous-marine. J'ai décidé de m'installer sur la petite île Kri pendant cinq jours, au Gibran homestay, dans le premier bungalow à gauche, au-dessus de l'eau. Superbe !

C'est un endroit isolé, l'île est montagneuse et recouverte d'une forêt dense. Il n'y a que trois hébergements côte à côte. L'ambiance est familiale, j'ai rencontré des voyageurs plongeurs sympas, surtout des jeunes français, allemands et hollandais voyageant plusieurs mois.

L'eau est à 30° toute l'année, le climat est tropical, c'était la fin de la saison des pluies, il a plu tous les jours en soirée et la nuit, il faisait beau et chaud dans la journée.

Une vue aérienne de mon hébergement prise avec un drone par Clément, un français rencontré sur place. Mon bungalow est indiqué par la flèche rouge.

C'était chez l'habitant, en pension complète. Deux familles géraient le homestay, ne parlant pas anglais, ne s'occupant pas des excursions, j'ai dû passer par le homestay voisin pour aller faire du snorkeling. Les enfants apprennent à marcher, puis à nager, à pêcher et à sourire. La mer est leur élément naturel, c'est le peuple de l'eau.

Ça ressemble à un petit paradis ! J'étais vraiment bien là.

 

Raja Ampat c'est grand, et partout on peut plonger ou faire du snorkeling. La grande majorité des voyageurs viennent pour plonger. Il y a deux options : soit se baser sur une ou plusieurs îles, soit faire une croisière plongée sur des bateaux de pirates, dans ce cas la croisière coûte entre 2000€ et 10000€ en fonction du bateau, du nombre de jours et des prestations. Très cher donc.


Moi je concours en deuxième division, je fais seulement du snorkeling à cause de mes problèmes aux oreilles, je fais des otites sous l'eau, donc je reste à la surface et je mets des bouchons d'oreilles. La grande classe quoi ! Mais qu'est-ce que je me régale !
Il y a deux spots autour de l'île accessibles à pied dont un beau tombant juste à côté des bungalows. Je suis allé sur quatre autres spots en excursion en bateau partagé avec d'autres snorkelers.


Sous l'eau c'est absolument magnifique ! Raja Ampat est considéré comme le plus bel endroit du monde pour la plongée. Et je suis là, sous l'eau, à admirer tout ça, je n'ose pas y croire. C'est fabuleux ! 


Tous les poissons se sont donnés rendez-vous à Raja Ampat, il n'en manque pas une espèce. C'est la zone ayant la plus riche biodiversité marine de la planète.
 
 Un banc de sweetlips

C'est aussi à Raja Ampat qu'on trouve la plus riche diversité d'espèces de coraux car situé dans le "Triangle de Corail". Par endroits, les coraux sont tellement beaux qu'on dirait des parterres de fleurs.
 
Un parc botanique sous-marin. 

Les photos sont de qualité inégale, elles ont été prises par Clément (le toulousain), d'autres sont des captures d'écran de vidéos.
Des poissons, il y en a des millions ! Les plus rares sont les poissons-lions, j'en ai vu deux. Ils sont magnifiques mais très dangereux, ils ont des épines qui contiennent du poison. Il n'y en a pas beaucoup, ça a été une chance d'en voir.
 

Le chou-chou c'est le poisson-clown, il est trop beau, de couleur orange fluo avec des rayures blanches, il passe son temps à batifoler parmi les anémones de mer. J'en ai vu beaucoup.
 
 
J'ai vu aussi des requins pointe noire, il y en a beaucoup. Il ne faut pas en avoir peur, ils sont inoffensifs, ils passent à dix mètres de moi sans même un regard.
 

Et bien sûr la reine tortue que tout le monde aime parce qu'elle se laisse approcher. On est sûr de bien la voir car elle remonte régulièrement à la surface pour respirer de l'air, car elle ne respire pas sous l'eau, elle est en apnée.
 
La voilà qui remonte dans le grand bleu, c'est le moment de s'en approcher de très près, presque à la toucher, ce qu'il ne faut pas faire bien sûr. Il faut juste l'accompagner et admirer.
 
Je n'ai malheureusement pas vu les raies mantas. Presque tout le monde en a vues, mais pas moi. J'ai eu le tort de rester cinq jours sur une seule île, j'aurais dû passer six jours en tout sur deux îles différentes pour avoir accès à plus de spots, dont ceux des raies mantas. Mais je ne savais pas que je pouvais passer facilement d'une île à l'autre (bateau cher si on est seul). C'est un regret, heureusement que j'en ai déjà vues aux Galapagos. A ce sujet, si je devais choisir de retourner dans un de ces deux spots majeurs (Raja Ampat ou les Galapagos), je retournerais aux Galapagos, il y a beaucoup plus de choses à voir, c'est bien plus intéressant à visiter.
 
Le monde du silence !

 
 

Deux fléaux cependant : L'Indonésie est le pays qui a ses eaux les plus polluées dans le monde, c'est catastrophique. Par endroits, on aurait dit un océan de déchets tellement il y en avait sur des surfaces impressionnantes. On y trouve de tout, beaucoup de bois qui flotte et des quantités de plastique ! Ça ne donne pas toujours envie de se jeter à l'eau. Le deuxième fléau, c'est la mort des coraux, sur de vastes étendues. En Indonésie, la cause est essentiellement la pêche à la dynamite pratiquée jusqu'à il n'y a pas très longtemps. 

Je joue peut-être en deuxième division, mais j'ai nagé dans les plus beaux spots de plongée du monde (sauf les Maldives). Je ne sais toujours pas pourquoi j'ai cette chance de voir le plus beau de tout, je n'étais pas destiné à ça. Je prends sans compter.

 

"Rendez-vous en terre inconnue" chez les Dani.

Les papous sont les citoyens des deux Papouasies. Parmi eux, en Papouasie occidentale (indonésienne), vivent plusieurs tribus dans les montagnes de moyenne altitude. J'ai choisi de faire un trek de cinq jours dans la Vallée du Baliem, du côté de Wamena, où vivent les Dani. Je vous remontre la carte, j'ai dû prendre deux bateaux et deux vols intérieurs pour y aller.


Le Baliem
est la rivière impétueuse qui coule au fond de la vallée éponyme.

On ne vient pas seul ici parce que c'est soit-disant dangereux, mais accompagné, pas de problème. Elius (en sweat rouge) était mon guide anglophone que j'ai trouvé sur un forum de voyage, et Nelson mon porteur. En voyant Nelson, on ne lui donnerait pas nos enfants à garder, alors qu'il est doux comme un agneau. Il m'a chouchouté plus que j'en avais besoin. Elius a marché pieds nus pendant les cinq jours, Nelson avait des tongs. Moi j'étais en lévitation.

Elius a 34 ans, il est marié, sa femme a 25 ans, ils ont déjà cinq enfants, l'ainée à 7 ans, puis 3 garçons, la petite dernière est née il y a quinze jours. Elle a accouché seule dans leur maison dani, seulement aidée par la mère d'Elius. Elle a 25 ans et ça fait 7 ans qu'elle allaite tous les jours...Si elle ne détient pas le record, elle n'en n'est pas loin. Les Dani se marient entre eux, pas question d'aller papillonner dans une autre tribu.

C'est parti pour cinq jours de trek dans la Vallée du Baliem à la rencontre des Dani.

Jour 1 : Kurima - Kilise

Kurima est le village où habitent mes compagnons. Nous marchons tranquillement, en montées et en descentes, dans un paysage qui n'a rien d'extraordinaire, mais agréable néanmoins, c'est verdoyant. C'est encore la saison des pluies, alors il faut arriver tôt à destination, avant la pluie qui commence à tomber vers 15h/16h. J'arrive à Kilise où je découvre ma chambre chez l'habitant. Une hutte ronde, confortable car inhabitée, seulement réservée aux voyageurs de passage.

A chaque fin de rando, Elius et Nelson allument le feu et préparent mon thé, eux boivent du café. A l'intérieur d'une hutte ils font du feu dans un léger creux, à même la terre battue recouverte de paille.
 
Les huttes rondes sont confectionnées en bois, surmontées d'un toit de chaume. Les Dani y cuisinent, y mangent, y papotent et y dorment. Ces maisons traditionnelles s'appellent les honais. Ils en sont fiers, c'est normal, c'est leur patrimoine. Ils les appellent des "dani houses", des maisons dani, alors je vais arrêter de dire que ce sont des huttes parce que ce sont des maisons. 
 
Arrivé tôt au village, j'ai le temps de le visiter avant la pluie. Les Dani sont un peuple de paysans qui cultivent presque exclusivement des patates douces. Ci-dessous un champ de patates douces.
 
 
C'est leur seule nourriture, matin, midi et soir. J'ai vu aussi beaucoup d'oignons, quelques carottes, des choux, des piments, mais ils vont les vendre à Wamena, la ville la plus proche, pour pouvoir acheter de l'huile, un peu de riz, des biscuits, des cigarettes, de la vaisselle (en plastique), des outils. Eux ne mangent que des patates douces. Ils ont quelques cochons qu'ils mangent lors des grandes occasions. Bizarrement, ils n'ont pas de poules.
 
C'est une tribu très amicale, tout le monde se serre la main en se croisant, les hommes, les femmes, les vieux, les enfants, qu'ils se connaissent ou pas, ils se serrent la main, ceux qui se connaissent bien font l'accolade, après quelques mots échangés, ils reprennent leur chemin. Je dis chemin car il n'y a pas de route, aucun véhicule, ils marchent. Pas de réseau, pas de portable. Pour quoi faire ?
 
Cette visite a donné lieu à une galerie de portraits saisissants. Ils ont une beauté particulière.  Les papous en général ont un physique particulier, très marqué, ce qui leur pose des problèmes. On reconnait tout de suite un papou d'un autre indonésien. Si les papous vont à Jakarta, ou ailleurs en Indonésie, ils font l'objet d'un racisme de faciès, et ils ont mauvaise réputation à cause des indépendantistes. Ils font peur.
 

C'est particulièrement vrai pour ceux qui ont la chance d'aller à l'université (ils ne sont pas nombreux). Beaucoup d'entre eux renoncent à cause du racisme et rentrent au pays...pour cultiver des patates douces. C'est leur sort.


C'est un peuple primitif. A quoi reconnait-on un peuple primitif ? A Lukas par exemple, que j'ai rencontré à Kilise. Il coupait du bois sans se trancher les pieds...

...Et s'occupait de ses deux cochons. 

S'il y en a un qui est fier d'être Dani, c'est bien Lukas. Quel personnage ! Il posait comme une star, ce n'est pas tous les jours qu'il a un public.

C'est un homme très sympathique, de bonne humeur, il était visiblement content d'avoir un visiteur. Il porte comme seul "vêtement" le Koteka. C'est un étui pénien, un ornement fait à partir d'une calebasse vidée et séchée, il est porté sans autres vêtements. La base est maintenue par une ficelle enroulée autour des couilles, celles-ci sont ficelées comme une paupiette ! Charmant ! La position verticale est assurée par un maintien à la taille. Il a déballé quelques objets d'artisanat pour avoir un peu d'argent, si peu parce que presque personne ne passe par ici. Il vendait des colliers, des bracelets, et des kotekas en souvenir.

Il aurait aimé que je porte un koteka pour poser avec lui. Vous me voyez avec un koteka ?! J'ai gentiment décliné l'offre pour ne pas être ridicule, seul un Dani le porte avec dignité et sans complexe. J'ai appris en voyageant qu'il ne faut pas tout refuser pour ne pas vexer, alors j'ai accepté de porter un chapeau à plumes. Je ne suis pas photogénique, mais là c'est le bouquet...C'est quand-même une photo collector !


Jour 2 : Kilise/Ugem
 
Après une première journée mémorable et une bonne nuit, le deuxième jour démarre sous le soleil après la pluie de la veille au soir. Comme souvent dans les vallées, il faut descendre jusqu'à la rivière pour passer un pont et remonter de l'autre côté. Ce pont est tout neuf, il a été inauguré en janvier.
 
Je rencontre des familles, des femmes et des enfants, je ne sais pas ce qu'ils font là, mais ils sont là. Ils sont surpris de me voir, mais ils m'ont tous gentiment serré la main.
 

Des jeunes filles nettoient des patates douces au bord d'un ruisseau.

La randonnée est bucolique dans la campagne verdoyante, avec toujours ces beaux villages de maisons dani.


 Il n'y a pas grand monde dans les villages, les habitants sont aux champs.

Les femmes utilisent un noken, un grand filet qu'elles portent sur le dos, tout le poids repose sur le sommet du crâne. Pour aller aux champs, ils servent à transporter les patates douces, il n'y a pas de véhicules, pas de brouettes, rien d'autres pour les transporter que leurs nokens. Ils sont en nylon, elles les tricotent elles-mêmes à la maison mais aussi en marchant.


J'arrive à Ugem à l'heure du thé. Mon logement n'était pas confortable, mais ce n'est pas important. J'ai mal dormi mais ce n'est pas important. Ce qui compte c'est juste d'être là.

Je vais discuter avec Elius, mon guide. Il avait acheté de la nourriture pour cinq jours, peu de choses en fait, du riz, des légumes, des œufs, du thé, des biscuits, des toasts et de la confiture trop sucrée. C'est Nelson qui porte le tout. Je remarque que ça risque d'être juste pour cinq jours.

On me demande tous les jours mon âge, lorsque je leur dis que j'ai 66 ans, ils sont surpris que je marche encore en montagne à mon âge, et même que je sois encore vivant. Elius me dit qu'aucun Dani n'atteint cet âge-là. Ils meurent avant 60 ans...Dans une maison voisine, un vieux monsieur maigrichon (plus jeune que moi donc) n'était pas au mieux de sa forme.


Jour 3 : Ugem/Saikama

Je continue à monter en altitude, à environ 2000m. Je commence par descendre au fond de la vallée pour traverser un pont et remonter de l'autre côté. Ah la montagne, ça monte et ça descend !

Le problème c'est qu'il a plu toute la nuit et qu'il pleut encore le matin. Les chemins sont boueux et glissants. On doit traverser des petits torrents à gué. On arrive à Saikama1 après plus d'une heure de grimpette à glisser sans arrêt, le but est d'aller à Saikama2, trente minutes de marche plus haut. On marque une pause à l'abri de la pluie.
 
 
Ce village est si beau et si traditionnel que j'ai demandé à Elius si je pouvais dormir ici. Il a dit oui, il était content car les conditions devenaient périlleuses pour continuer à monter.
 

Voici ma maison dani. C'est la maison des hommes célibataires, les femmes célibataires partagent une autre maison. Les couples mariés partagent la même maison.
 
Je me suis occupé du feu pour le thé dans une ambiance enfumée vous vous en doutez. Il n'y a pas de fenêtres. Les Dani meurent quasiment d'asphyxie, constamment dans la fumée. Quand je vois la suie noire au plafond, leurs poumons sont gravement atteints, et en plus ils fument...Je comprends alors pourquoi ils ne vivent pas vieux. En plus, ils ont une alimentation sans protéines ni vitamines. 
 
Le plafond est bas, on ne tient pas debout. Au-dessus c'est la chambre que je vais partager avec cinq garçons, des souris, des araignées, des cafards qui tombaient du toit et des tiques. Je ne suis pas chochotte mais j'avoue que j'ai mal dormi, la paille n'a pas suffit pour que je soit à l'aise et il y avait vraiment beaucoup de bébêtes.
 
Pour passer le temps, Nelson essayait de jouer de la guitare. Il est mal barré !
 
J'ai partagé le repas du soir avec une famille dans une autre maison du village qui n'était pas une maison ronde.
 

Pas d'électricité (une seule lampe solaire), pas d'eau courante, pas de radio, pas de télévision, pas de portable. Il reste la veillée où tout le monde parle et écoute, y compris les enfants qui participent. Une femme parlait beaucoup, j'ai demandé à Elius quel était le sujet de conversation. Il s'agissait d'une jeune fille d'un village voisin qui veut épouser un garçon d'une autre tribu. Ça fait jaser dans les chaumières...

 

Les doigts coupés.

Lorsqu'un décès d'un proche (époux, enfants, parents, grands-parents) survient dans une famille, les membres de la famille se coupent un doigt ! C'est une manière de compenser la douleur émotionnelle par la douleur physique...Elius a un doigt coupé, je lui ai demandé s'il a perdu un enfant, mais non. Une de ses sœurs née avant lui est décédée juste avant sa naissance. Pour que "les forces du mal" ne leur prennent pas un deuxième enfant, à sa naissance, ses parents lui ont coupé un doigt à la machette en sacrifice. Le doigt est ensuite brulé. Les croyances absurdes et le manque d'éducation font faire n'importe quoi...C'est une pratique qui est en train de disparaitre.

Ci-dessous une main de Elius (sweat rouge) et celle d'un garçon du village qui a eu un frère décédé avant sa naissance.


Jour 4 : Saikama/Kurima

Nous devions monter encore jusqu'à un autre village plus loin. Elius me dit que plus on va monter, plus il va pleuvoir, le temps était déjà bien couvert le matin. Il me propose de redescendre à Kurima, son village, et le lendemain on randonnera autour de son village. J'ai donné mon accord même si je sais qu'il ne m'a pas tout dit. En fait, il n'avait plus à manger pour moi parce que j'ai bien vu qu'il cuisinait ma nourriture pour les familles, ça leur permettait de manger du riz et des légumes. Je n'ai rien dit bien sûr. Donc on descend dans la vallée profonde par un autre chemin qu'à la montée.


Le Baliem est toujours là et il fait finalement beau...Il fera même très chaud.


La randonnée fut très belle, une longue descente dans la campagne par un petit chemin agréable et la traversée de quelques villages perdus où les habitants se demandaient qui était l'énergumène à la peau blanche qui passait par chez eux. J'ai eu à faire à des comportements sauvages d'enfants qui pleuraient ou s'enfuyaient en me voyant. Je n'ai pas croisé un seul blanc de la semaine.



Et puis j'aperçois un homme qui travaille dans un champ avec une longue bêche, la "paupiette" bien en vue. 


Je le verrai un peu plus tard, après une pose, dans son village. C'est un drôle de paroissien, avec son koteka et ses dents de phacochère dans le nez ! Je ne suis plus sur Terre...

Après une longue journée de marche, me voilà arrivé à Kurima dans le village de mes acolytes. Elius vit dans une maison dani avec sa femme, sa mère et ses enfants. J'étais dans une petite dépendance en préfabriqué où les toilettes étaient le dernier endroit où j'avais envie d'aller. Un repère de cafards et de grosses araignées noires et velues...

 
Il y a une école juste à côté. Je suis rentré dans une classe où seuls deux élèves levaient toujours le doigt pour donner à chaque fois les bonnes réponses. Il y en a qui sont intelligents quand-même !...
 


Jour 5 : Kurima/Kurima
 
Mon dernier jour chez les Dani. Il fait beau. Je vais randonner dans les alentours de Kurima.


Les petits villages se ressemblent, sauf qu'ici Elius et Nelson connaissent tout le monde.

Quelquefois je crois qu'il n'y a personne dans les villages. En fait ils sont dans leurs maisons à l'ombre, à cuisiner, à papoter, à coudre, à allaiter. En faisant le curieux par la petite porte, je peux les voir dans l'obscurité.


La jeune fille à gauche tricote un noken et la jeune fille en bleu allaite son deuxième enfant, elle a vingt ans. Elles sont souriantes, même face à un inconnu. 

Les Dani étaient animistes et cannibales. Ils ne le sont plus. Ils ont été évangélisés par des missionnaires allemands et hollandais, ils sont protestants (quelques catholiques), très pratiquants. Ils vont tous à l'église le dimanche matin, chaque village a son église et son pasteur. Il y a encore des missionnaires sur place (allemands et hollandais pour les protestants, italiens pour les catholiques). Ils se déplacent en avion de tourisme...Sans commentaires.

Le dimanche c'est le jour de la semaine où ils se lavent et se mettent propres. Les morts sont brulés dans la forêt et les cendres éparpillées sur place. Ils ont des tombes pour se souvenir, mais elles sont vides. Ci-dessous, à côté de la petite église, une tombe d'un enfant mort à douze ans, signe que la mortalité infantile est importante.

J'aurais aimé assister à une messe du dimanche pour voir et essayer de comprendre comment ils peuvent croire en dieu alors qu'ils dorment sur la paille, qu'ils n'ont que des patates douces à manger et qu'ils coupent les doigts de leurs bébés à la naissance avec une machette...
 
Le trek se termine. De retour chez Elius il m'a laissé seul pour aller voir sa femme. J'étais sur le pas de la porte quand un homme hirsute est passé, il rentrait des champs avec sa hache sur l'épaule et une machette à la main. Il me voit, il s'arrête. Je ne savais pas quoi lui dire, je voulais juste qu'il ne me coupe pas la tête. 

Le voilà qui rentre, alors je rentre aussi, il s'assoit et allume une clope. Je savais encore moins quoi dire en voyant le personnage décomplexé assis en face de moi. Ça n'arrive pas tous les jours..

Heureusement Elius et Nelson sont vite arrivés. Nous avons pris le thé ensemble, loin du tea-time aristocratique à l'anglaise comme vous pouvez le voir. Ça a été sûrement le moment le plus surréaliste de toute mon existence.

Quelle équipe de choc ! Inoubliable !


Un peu plus tard, juste à côté, des jeunes filles bêchaient sans ménagement dans un champ avant de planter des patates douces. Ainsi va la vie de la tribu Dani.


Fin du voyage en Papouasie. Une autre idée du voyage !


 


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